
Malgré ce constat pas très reluisant, je pense que je ne pourrais jamais détester Queen, qui restera toujours pour moi le groupe qui m'a introduit au rock il y a une petite dizaine d'années, vers l'âge de 14 ans. D'aucuns diront qu'il ne s'agit certainement pas de la meilleure porte d'entrée mais rétrospectivement, ce fut un cap important dans ma "quête" de futur mélomane : avant Queen, j'écoutais assidument la radio et a fortiori toute la musique de variété qui y était programmée (il n'y avait pas beaucoup de disques à la maison donc je n'avais pas d'autre choix). A part quelques bribes des Beatles, ce n'est donc qu'à partir de Queen que j'ai commencé à écouter de la musique plus sérieusement.
Et ce groupe avait tout pour m'impressionner : des titres épiques et accessibles, un certain sens de l'ambition, du charisme, de la virtuosité, un côté très versatile (ils ont investi presque chaque genre musical),...Queen m'a littéralement obsédé pendant de nombreuses années et j'ai fini par dégoûter ma famille et mes amis à force de vouloir leur imposer mes idoles. Je passais ainsi une grande partie de mon temps libre à parcourir les forums de discussion sur le groupe, j'ai acheté patiemment leurs disques les uns après les autres, j'ai dû voir leurs clips et leurs lives une bonne centaine de fois...Et j'en étais certain à l'époque : Queen était et serait toujours pour moi le meilleur et le plus grand groupe du monde.
Qu'en est-il aujourd'hui ? Et bien je mesure avant tout le chemin parcouru. Ce qui m'émerveillait avant me laisse plutôt de marbre ou a tendance à m'irriter assez rapidement, comme l'aspect poussif des mélodies, des arrangements et de la production : Queen, c'était avant tout le règne du too much, le groupe qui préférait faire compliqué la où on pouvait faire simple, qui n'hésitait pas à sacrifier l'émotion que certains titres auraient pu procurer en la noyant sous une avalanche d'effets et d'ornements. Finalement, ils représentent parfaitement la déchéance du rock : ils n'ont rien inventé mais ont poussé à l'extrême la musique des Beatles ou de Led Zeppelin en offrant un grand bazar éhonté, qui n'avait de limites que la mégalomanie affichée de leur leader Freddie Mercury (rien que le nom déjà...).
Pourtant le groupe s'en est plutôt bien sorti : quasi unanimement massacré par les critiques mais suivi par un public fidèle. Il faut dire que leur sens de l'humour (non il ne faut pas les prendre au premier degré!), peut-être pas toujours bien perçu de ce côté-ci de la Manche, plaidait en leur faveur. Leurs concerts des premières années, bien que très théatraux, donnaient à voir un groupe soudé et talentueux, avant que le spectacle ne prenne le dessus sur la musique proprement dite. D'ailleurs, la première période de Queen (les albums des années septante donc), demeure pour moi un plaisir coupable auquel il m'arrive de succomber. Et j'irai même jusqu'à considérer leurs années 73-76 comme un âge d'or, qui contient son lot d'albums mémorables, comme mon préféré, "Sheer Heart Attack".
En conclusion, Queen, dans l'histoire du rock, ne fait peut-être pas le poids face aux Beatles, Dylan, Bowie ou autres Neil Young, mais reste à mon sens une excentricité - dans laquelle je me suis perdu un long moment - mais qu'on aurait tort de condamner trop sévèrement. Un groupe parfait pour non-initiés (ne voyez aucune méchanceté là-dedans) et qui offre ce que la plupart des gens attendent de la musique populaire (le constat est le même pour le cinéma) : un moment de distraction, d'entertainement. Ce que Mercury lui-même reconnaissait et assumait pleinement : "My songs are like Bic razors - for fun, for modern consumption. Disposable pop". Ou encore : "I like people to go away from a Queen show feeling fully entertained, having had a good time. I think Queen songs are pure escapism, like going to see a good film - after that, they can go away and say that was great, and go back to their problems. I don't want to change the world with our music". Ce rôle là, ils l'ont bien rempli. Pour ce qui est de la musique sérieuse, il en existe assez par ailleurs...