lundi 28 juin 2010

2010 : classement intermédiaire

Il fait chaud, trop chaud que pour s'épancher longuement sur son clavier. Mais en cette année où j'ai (enfin) fait l'effort de suivre quelque peu l'actualité musicale, je me suis dit qu'il ne serait pas inutile de récapituler tout ça sous forme d'un classement des 20 albums les plus écoutés, et donc appréciés, de ces six premiers mois de 2010. D'autant qu'il me facilitera la tâche lorsqu'il s'agira de compiler le traditionnel top de fin d'année, avec les développements d'usage cette fois.

Mon top intermédiaire :

1. Beach House - Teen Dream
2. Owen Pallett - Heartland
3. Joanna Newsom - Have One On Me
4. Arnaud-Fleurent Didier - La Reproduction
5. The National - High Violet
6. Get Well Soon - Vexations
7. Caribou - Swim
8. Foals - Total Life Forever
9. The Divine Comedy - Bang Goes The Knighthood
10. The Besnard Lakes - Are The Roaring Night
11. Spoon - Transference
12. The Tallest Man On Earth - The Wild Hunt
13. Midlake - The Courage Of Others
14. Tindersticks - Falling Down A Mountain
15. Holy Fuck - Latin
16. LCD Soundsystem - This Is Happening
17. She & Him - Volume II
18. Tunng - And Then We Saw Land
18. Laura Veirs - July Flame
19. Rufus Wainwright - All Days Are Nights (Songs For Lulu)
20. Broken Bells - Broken Bells

Et bonne saison estivale à tous bien entendu !

vendredi 28 mai 2010

Et les Nuits Bota ?

Après une longue pause qui a permis à ce blog d'atteindre une très belle centième place dans le classement Wikio (ce qui fait de moi une sorte de Ghislain Lambert de la blogosphère), il est peut-être temps de relancer la machine, en revenant sur la dernière édition des Nuits Botanique, sous la forme d'un Top 5 des meilleures soirées.

1. Joanna Newsom (première partie : Roy Harper)

Le concert le plus attendu de ce festival, c'était selon moi clairement Joanna Newsom, qui cette année a fait plus que confirmer l'étendue de ses talents avec son triple album "Have One On Me". L'Américaine a ainsi livré un concert somptueux de bout en bout, entrecoupé seulement par un réaccordage de sa harpe d'une dizaine de minutes, qui a permis une séance de questions-réponses hilarante entre le public et les musiciens. Deux bémols tout de même à cette soirée qui frôlait la perfection : la harpe de Joanna était si grande qu'on ne l'a presque pas vue de la soirée, tant elle était cachée par son instrument. Plus regrettable était l'absence dans le set de la belle de son morceau "Emily" (qui ouvrait son album "Ys" et qui est aisément un des plus beaux titres de ces dix dernières années) : déception amère et pourtant on y a cru jusqu'au bout...
Quant à la première partie assurée par Roy Harper, le sentiment d'assister à une prestation d'une légende vivante inspirait un respect poli mais mis-à-part la sympathie du personnage, ce set guitare-voix m'a paru quelque peu opaque.

Un compte-rendu détaillé sur le site du Soir.

2. Holy Fuck (avant la fête de clôture du festival : Sexy Sushi)

Les Canadiens d'Holy Fuck ont réussi avec brio à emmener les spectateurs dans leur trip instrumental, tel un post-rock mâtiné d'électronique et d'effets en tous genres. Les morceaux s'enchaînent de manière jubilatoire, avec une nette préférence pour ceux du dernier album ("Latin"), véritables petites tueries à l'effet dévastateur.
Après eux, les Français électro-kitsch Sexy Sushi ont clôturé le festival dans une ambiance plutôt déjantée : une bonne manière d'en finir sans prise de tête, avec ce qu'il faut de provoc pour aguicher un public qui n'en demandait pas tant, dans une Orangerie transformée en fête déglinguée.

Là aussi, un résumé de la soirée sur le blog du Soir.

3. Arnaud Fleurent-Didier (avant Gaëtan - on ne va quand même pas rester là trop longtemps - Roussel)

Lui aussi on l'attendait de pied ferme, après ce formidable "La Reproduction" que l'on connait déjà sur le bout des doigts. On voyait mal comment les arrangements ambitieux du bonhomme allaient être reproduits sur scène mais la formule plus rock prisée par le garçon allait s'avérer être un choix judicieux. Le son n'était peut-être pas tout à fait au point au Cirque Royal mais le concert s'est révélé touchant, avec de très bons moments (l'enchaînement du diptyque Mémé 68-Pépé 44, le titre éponyme de l'album...). On était transporté, malgré l'impatience des fans de Mr Louise Attaque, visiblement pressés d'en finir. On reste par curiosité pour la tête d'affiche le temps de quelques morceaux efficaces mais sans plus : que voulez-vous, ça n'est pas rentré, on n'est pas restés (oui je sais elle est facile...).

4. Black Lips (avant leur side-project gospello-punk The Almighty Defenders)

Ce n'était pas la première fois que j'assistais au show des Black Lips (je les avais vu à la Rotonde il y a un an et demi) mais on peut dire que le groupe est toujours aussi efficace, avec une armada de "tubes" en puissance comme en regorge leur "Good Bad Not Evil" de 2007. C'est redoutable et lorsque les Américains s'éclipsent face à un public conquis ce n'est pas vraiment pour mieux revenir. Vêtus de toges de prêtres, les Almighty Defenders haranguent la foule à coup de sermons, sur fond de rock garage. Tout ça demeure néanmoins assez anecdotique en regard de la prestation précédente, avec peu de morceaux qui parviennent à convaincre réellement et donc un sentiment que le supergroupe prêche quelque peu dans le vide. Peut-être aurais-je mieux fait de passer la soirée en compagnie des Tindersticks ?

5. Wolf Parade, à égalité avec MLCD

Wolf parade fait partie de ces groupes dont j'ai beaucoup entendu parler mais dont je n'ai jamais eu l'occasion d'explorer la discographie. Ce concert me semble un bon point de départ tant le groupe est impressionnant de par l'énergie que dégage sa musique, même si les gars ne sont visiblement pas des showmen. Hormis le volume sonore quelque peu assourdissant, une belle découverte, relatée, photos comprises, chez Esprits Critiques.

Et terminons avec le groupe qui on a ouvert le festival, nos compatriotes liégeois de MLCD (pour My Little Cheap Dictaphone), qui venaient présenter leur ambitieux opéra pop "The Tragic Tale Of A Genius". Le groupe est en pleine possession de ses moyens et le leader, Redboy, aidé par une belle scénographie (costumes façon crooner, projections durant tout le show), s'en donne à cœur joie. Même si on n'accroche pas musicalement de bout en bout, on sait que l'on tient là l'un des meilleurs albums belges de l'année, avec le Black Box Revelation, dans un genre tout à fait différent. Dommage que l'orchestre qui accompagnait le groupe était quelque peu sous-utilisé, un des rares reproches que l'on pouvait faire à cette prestation.

Voici donc la saison des festivals officiellement lancée : un bon départ donc, on verra ce qu'il en est à l'arrivée...

lundi 15 mars 2010

Still Getting Better...

Crédit photo : Marc d'Esprits Critiques (sa chronique et ses photos sont ici)

J’en ai déjà parlé, rares sont les concerts desquels on ressort réellement secoué, conscient que l’on vient de vivre un moment qui restera gravé, du moins on l’espère, à jamais dans notre inconscient musical. Pour Get Well Soon jeudi dernier, ce fut assurément un coup gagnant, d'autant plus qu'ils tenaient enfin le haut de l'affiche.

La première partie assurée par Musée Mécanique est agréable et très joliment arrangée dans un écrin de douceur. Mais sans connaissance préalable, les morceaux se suivent en se ressemblant quelque peu…A approfondir donc.

Lorsque la petite salle de l’Ancienne Belgique s’assombrit, c’est pour nous introduire à Get Well Soon grâce à un instrumental tiré de l’introduction de leur dernier album (le très riche "Vexations"), tandis que défilent en toile de fond des images venant illustrer la musique (ou est-ce le contraire ?). Il faudra bien 2-3 morceaux pour rentrer pleinement dans ce concert - la prégnance des images et la voix de Konstantin Gropper mixée très en avant déconcertent quelque peu - mais, sans qu’on ait eu le temps de s’en rendre compte, on se laisse complétement envahir par la performance rien moins qu’époustouflante, et qui ne connaitra pas de temps mort.

Une des grandes forces du groupe tient dans l’aspect lyrique de sa musique, qui prend aux tripes sans pourtant verser dans le mauvais goût (on n’est pas chez Muse heureusement) : même si l’on sent que les ficelles sont grosses (beaucoup de crescendo par exemple), on est littéralement happé par un tourbillon d’émotions. Gropper impressionne vocalement, et son groupe, qui compte en ses rangs sa soeur au violon, n'est pas en reste. Des morceaux tels que "If This Hat Is Missing...", "I Sold My Hands For Food..." ou "We Are Ghosts" dévastent tout sur leur passage. Ils parviennent aussi, et ce n'est pas une gageure, tout aussi bien à passionner sur les morceaux plus lents, là ou d'autres s'en sont sortis nettement plus mal quelques semaines plus tôt.

En résumé, on a pu observer un groupe en pleine possession de ses moyens...mais qui ne nous empêchera pas de caresser l'espoir, qu'à l'instar d'un Zach Condon ou d'un Sufjan Stevens, le meilleur reste encore à venir pour Konstantin Gropper, qui n'a que 27 ans.

Un morceau du dernier album est offert sur le site du groupe pour ceux qui ne connaitraient pas encore Get Well Soon :

mardi 2 mars 2010

Chronique d'un monde incertain

On vit une drôle d'époque. Il ne se passe pas une semaine sans qu'une nouvelle catastrophe (naturelle ou non) s'abatte quelque part, apportant dans son sillage son lot de désolations. Haïti ou le Chili nous semblent loin mais Madère déjà moins, sans parler de la Vendée. Notre monde "civilisé" ne nous a pas habitué à cela, on vit dans l'illusion d'une sécurité que l'on croit inébranlable. Mais près de chez nous aussi, des évènements tragiques nous démontrent le contraire. En Belgique, une fuite de gaz à Liège et un accident de train près de Bruxelles l'ont durement rappelé ces dernières semaines. Et de se rendre compte alors que la vie est avant tout bien fragile.

Dans Bruxelles, l'Union Européenne a placardé de nombreuses affiches avec l'annonce "Stop poverty now". A qui s'adressent-elles ? Aux passants ? On le sait pourtant : la pauvreté en général, la faim dans le monde, le réchauffement climatique, ou encore l'éradication des maladies pour lesquelles il existe des traitements, sont autant de problèmes majeurs qui pourraient être pris à bras-le-corps s'il existait une réelle volonté politique chez nos dirigeants. On ne le répétera jamais assez mais l'argent débloqué par les États pour sauver les banques a démontré que des ressources financières d'une ampleur inédite pouvaient être mobilisées en un rien de temps. Soit, on sait désormais où se trouvent les priorités des politiques. Alors, les campagnes performatives, vous pensez bien...

On le voit d'ailleurs, le fossé entre pauvres et riches ne fait que de se creuser. Les ex-salariés de Carrefour et d'Opel Anvers peuvent certainement en témoigner. Eux comme beaucoup d'autres n'ont pourtant pas commis d'autres crimes que d'avoir fait leur boulot. Résultat : on les "remercie" lâchement pour des histoires de compétitivité qui les dépassent. Comme des pions d'un jeu qui n'aurait pas, ou alors si peu, de règles pour le régir. Ne comptant au final que la victoire financière de quelques-uns.

On vit une époque incertaine. Un examen de conscience est nécessaire, qui que nous soyons et quel que soit notre rôle au sein de la société. Et on a besoin d'espoir aussi, plus que jamais.


PS : pour se mettre un peu de baume au cœur, Beach House a sorti un album réconfortant. Ce n'est certes pas grand chose mais par les temps qui courent, c'est toujours ça de pris. Lorsque Victoria Legrand chante "I'll take care of you" de sa voix suave sur la dernière plage de Teen Dream, on a juste envie de se laisser faire et de s'abandonner en rêvant à des jours meilleurs. Pourvu qu'ils ne tardent pas...

mercredi 17 février 2010

In the Middle of the Lake...


Le dernier Midlake ("The Courage of the Others") semble diviser la blogosphère. Alors que certains le considèrent comme un chef-d'oeuvre, Pitchfork et pas mal de commentateurs abondent dans le sens contraire (voir par exemple ici). Personnellement, je serais plus modéré : si l'album déçoit par rapport au précédent (peut-être parce qu'on n'y trouve pas de morceaux aussi forts que Roscoe ou Young Bride), force est de reconnaître qu'il s'agit d'un disque solide et cohérent. Et c'est sans doute la voie que le groupe a choisi d'emprunter qui en fait fuir certains : après le revival folk-choral des Fleet Foxes, place en effet à l'heroïc-folk de Midlake ! Avec des relents de Fairport Convention, Pentangle et autres formations folk-rock britanniques des années 60, le disque est empreint d'un classicisme qui peut en effet rebuter...mais que d'autres trouveront classieux. Et en live ça donne quoi ?

Jeudi dernier à l'Ancienne Belgique (dans une configuration Box complète depuis un moment déjà), on s'étonne tout d'abord du nombre de musiciens présents sur scène, qui ne sont pas moins de 7. Cela donne la plupart du temps 4 (!) guitaristes, lorsque Tim Smith ne troque pas sa gratte pour une flûte traversière (qui est aussi jouée par un autre membre du groupe). Dans une salle où l'acoustique est toujours un plaisir, on ne peut pas reprocher au groupe de bâcler le travail : les nouveaux morceaux sont joués de manière précise - les chœurs et les orchestrations de guitares sont un délice - et dès le morceau d'ouverture ("Winter Dies"), on est emporté par cette musique prenante, l'atmosphère du live procurant bien évidemment un frisson supplémentaire par rapport au disque.

Le reste du concert sera à l'avenant, avec Tim Smith qui choisit de rester en retrait (il jouera bien souvent assis) et qui assurera une interprétation sans faille. Malgré tout, les quelques morceaux plus anciens (il n'y en aura pas du premier disque mais bien du précédent), déçoivent quelque peu : peut-être qu'une configuration plus souple et réduite aurait mieux convenu ? Les subtilités d'un "Young Bride" par exemple résistent mal au passage par cette machine qu'est devenue Midlake en live (et le vide du violon se fait bien entendu ressentir). Le concert manque également de rythme et souffre un peu d'une linéarité que l'on pourrait également reprocher au disque. Des morceaux plus anodins, une overdose de flûte et un final où les guitaristes rivalisent de solos (beurk : tout le monde n'est pas Neil Young ou Wilco !) finiront par nous laisser un sentiment mitigé d'un concert qui a souligné tant les qualités que les défauts du dernier album, et qui dès lors ne nous permettra pas de nous faire un avis définitif sur celui-ci...

Ceux qui les ont manqués peuvent toujours se rattraper le 23 avril, dans la belle salle du Trix d'Anvers.

lundi 8 février 2010

Bloguer...oui mais pourquoi ?

Quelle devrait-être la fonction d'un blog ? Chacun évidemment est libre de faire ce qu'il veut de son espace d'expression mais ne devrait-il pas idéalement se positionner comme une alternative aux médias traditionnels - qu'ils soient généralistes ou spécialisés - tels que presse, radios, émissions de télévision ? On peut également inclure dans cette catégorie certains sites web, dont le mode de fonctionnement ne diffère pas énormément des moyens précités.

Quelle est donc la grande différence entre ces médias et les blogs ? Elle est évidente selon moi : ces derniers supposent une certaine liberté d'écriture, vu que le contenu d'un blog n'engage, en principe, que son auteur. Cela veut dire qu'il a tout à fait le droit de laisser exprimer sa subjectivité par rapport aux sujets abordés. Mais c'est là que le bât blesse ! Quels sont les blogs qui saisissent réellement cette opportunité ? Sans chercher ici à me faire des ennemis, force est de constater que beaucoup d'entre eux se "contentent" de parler musique de manière plutôt convenue, nouveauté après nouveauté, chronique après chronique. D'ailleurs, à quoi sert-il de passer son temps à chroniquer un disque alors qu'il est désormais aisé pour un internaute de l'écouter soi-même en ligne, et se faire ainsi son propre avis ? Et l'écoute d'un disque sans achat préalable semble une pratique qui est entrée dans les mœurs aujourd’hui, jusqu'aux maisons de disque elle-même, qui semblent l'encourager. Rares sont ainsi les artistes qui ne proposent par leur album en streaming (limité, soit) aux alentours de leur date de sortie. Le "Luisterpaal" ici à droite peut en attester, ainsi qu’autres Deezer ou MySpace.

Vous me direz que pour amener l'internaute à jeter une oreille sur une nouveauté, il faut des incitants. Et que les chroniques de disque, sur le net ou autres, participent à cette fonction. Cela est tout à fait vrai, mais j'aurais tendance à penser que c'est surtout le cas pour des blogs "reconnus", dans le sens où leur auteur peut être considéré comme un "leader d'opinion" (un concept de Lazarsfeld qui devrait rappeler à certains leurs chères études en communication). Qui sont ces blogueurs ? L'indice qui ne trompe pas pour les reconnaître tient tout simplement au nombre de commentaires que récoltent leurs billets. Lorsque Thom du Golb ou GT d'Art-Rock parlent d'un disque, ils n'ont peut-être pas le nombre de visiteurs d’un site spécialisé comme celui des Inrocks, mais ils sont suivis par une "communauté" fidèle de lecteurs, qui s'ils voient un disque encensé sur ces blogs se disent qu’il vaut certainement la peine d’y jeter ne serait-ce qu’une oreille. Ces blogueurs sont également supposés être indépendants (pas d’éditeurs ou de maisons de disque qu’il ne faut pas froisser, pas de jeux promotionnels "win-win"...). On leur accorde donc un crédit plus ou moins important qui leur permet de disposer d'une influence non négligeable dans la sphère de leur lectorat.

Mais ce n'est pas le cas de tous les blogs évidemment. Si moi-même je publie une chronique de disque, je ne dispose pas de cette légitimité, tout simplement parce que je n'ai pas encore "fait mes preuves", dans le sens où mes quelques billets isolés ne permettent certainement pas aux lecteurs de se forger une opinion arrêtée sur le crédit à m'accorder (ou non). Je pense qu'il en va de même pour de nombreux blogs, qui en écrivant leurs chroniques de nouveautés de manière linéaire et isolée, prêchent en quelque sorte malheureusement dans le vide.

Il existe selon moi deux pistes à suivre pour se sortir de cette situation. Une des solutions est tout simplement de rejoindre un site, qui lui possède une certaine légitimité que le lecteur ne remettra pas en question. L'exemple du site "Dans le mur du son" est éloquent en la matière : ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, les rédacteurs sont loin d'être des novices mais voici un bon exemple de blogueurs qui ont décidés de s’associer parce qu’ils ont pris conscience que leurs chroniques gagneraient en écho si elles étaient publiées sous la même bannière. Une expérience qui me semble tout à fait réussie vu que dans mon cas je lis toutes leurs chroniques avec un même intérêt, sans me soucier de qui les a écrites (sauf bien évidemment quand je suis un désaccord !).

La deuxième piste consiste quant à elle à trouver une approche originale dans la manière de parler de musique. C’est un passage obligé pour presque tout le monde, hormis les quelques rares personnes qui peuvent se permettre de compter uniquement sur la qualité de leur prose pour passionner leur lectorat. Il s’agit donc de trouver un angle d'attaque qui permettra d'accrocher le lecteur. Moi-même je dois avouer qu’après le manque de temps, il s'agit de la raison principale qui m'empêche de publier souvent sur ce blog : je ne souhaite pas répéter ce que certains « collègues » ont déjà fait avant moi, surtout si c’est pour le faire en moins bien. Malheureusement trouver à chaque fois une approche qui sort de l’ordinaire est loin d’être évident...

Et pourtant pas mal de blogs relèvent ce défi avec succès. Sans pouvoir les citer tous, voici quelques exemples de blogs réussis, bien qu’assez différents dans leur genre. Chez Art-Rock (de nouveau), la musique est évoquée de manière plutôt érudite, chez Kill me Sarah, elle accompagne un journal de bord passionné et passionnant. On peut aussi décider d'évoquer la musique avec plus de légèreté, comme Coolbeans (A Tombouctou sans Mariachi) et son exploration alphabétique de discothèque et les petits jeux qui vont avec. Et finalement des formules très simples, comme proposer un nouveau morceau par jour (I Left Without My Hat), peuvent également se révéler d’une efficacité redoutable.

En bref, ces idées sont prises, il va donc falloir en trouver d'autres. Moi-même je cherche encore (si vous avez des suggestions...). C'est pour ça que je ne vous parlerai pas encore tout de suite des sorties de ces dernières semaines, en attendant les concerts ou une quelconque bonne idée avant de m’y mettre. Finalement, il ne faut pas oublier que le plus important reste avant tout de se faire plaisir : si c'est le cas, le lecteur devrait également pouvoir y trouver son compte.

dimanche 10 janvier 2010

Jamais trop tard...mes 10 titres de 2009

Qu'ai-je écouté en 2009 ? Beaucoup de choses - et pas forcément des nouveautés - qui comme chaque année partent un peu dans tous les sens...Si je ne pense pas pouvoir livrer un top des albums cette fois-ci, je vous laisse tout de même avec une petite sélection de mes 10 titres favoris de l'année écoulée, dans le désordre :

Antony & The Johnsons - One Dove

Et s'il s'agissait là du plus beau titre d'Antony et de son groupe ? Celui qui me semble le plus juste en tout cas, tout en équilibre fragile. Rien ne dépasse, pas d'excès dans la voix, ni d'arrangements superflus. Et ces quelques cuivres jazzy, qui confèrent une belle élégance au tout. Essentiel.

Grizzly Bear - Ready Able

J'aurais aussi bien pu choisir Two Weeks mais Ready Able s'est finalement imposé à moi comme l'autre joyau de ce disque fabuleux. Un morceau où il se passe énormément de choses mais où tout s'imbrique parfaitement, à se demander comment le groupe parvient à garder cette impression de légèreté avec une instrumentation aussi touffue (Muse ferait bien d'en prendre de la graine !). Et s'il n'en fallait qu'un, certainement le disque que je retiendrais de 2009.

Mono - Ashes in the Snow

Peut-être un peu pompeux sur la longueur, on retiendra cet album de Mono (produit par Steve Albini) surtout pour ce titre d'ouverture. Parce que même si j'affectionne ce genre, le post-rock c'est finalement souvent la même chose. Ici, le groupe et l'orchestre qui l'accompagne font des étincelles, et on sait que ce morceau sera toujours là quelque part pour nous et qu'il est de ceux qui nous font sentir vivants, rien de moins.

Alela Diane - Tated Lace

Oubliée (écartée ?) par beaucoup des tops de fin d'année car prise en flagrant délit d'ornementation (comme si les quelques instruments venus étoffer son deuxième disque étaient synonymes de surproduction), on aurait tort de passer à côté de ce beau disque, certes plus classique (certains diront "convenu") mais qui recèle son lot de perles. Voix sublime, mélodie à croquer, superbes envolées finales, je défie quiconque de trouver quoi que ce soit à redire sur ce titre, qui prouve avec une aisance insolente qu'Alela est déjà une grande.

Fuck Buttons - Surf Solar

J'écoute peu d'électro. Pas que je n'aime pas ça mais disons que ce genre reste pour moi difficile à appréhender sur la longueur, comme celle d'un album. Pourtant, je n'ai pas éprouvé de lassitude à l'écoute de "Tarot Sport". Et ce morceau en particulier, psychédélique à souhait et complétement barré, m'a fait autant d'effet que lorsque j'avais entendu ceci pour la première fois. Idéal pour se décrasser les oreilles.

Dominique A - Le Sens

La plus grande interrogation de l'histoire de l'humanité sur fond d'électronique lo-fi : quoi de plus casse-gueule ? Oui mais c'est Dominique A. Et on ne voit pas très bien qui d'autre aurait pu se tirer d'affaire avec un tel scénario. Lui bien, sans misérabilisme et avec une belle pudeur : une quête désespérée contée à hauteur d'homme.

Beirut - La Llorona

Il n'y avait peut-être pas grand chose à retenir de l'EP de Zach Condon et de son groupe, paru il y a presque un an. Un morceau sauve toutefois l'entreprise du naufrage, et quel morceau ! "La Llorona", complainte désespérée aux accents marins, est surtout exceptionnelle de par sa section de cuivres, qu'on n'avait jamais entendue comme ça chez Beirut. L'orchestre de 19 musiciens mexicains réussit en effet à conférer à la musique du gentil Zach une puissance inhabituelle, euphorisante et salvatrice malgré la mélancolie ambiante. Et puis quel beau clip.

Vic Chesnutt - Chain

Peut-on encore écouter Vic Chesnutt sans en avoir la gorge nouée ? Qu'y a-t-il de plus triste que de mourir le jour de Noël ? Au-delà de ces questions, Chain est le premier morceau de "At the Cut" que j'ai apprivoisé. Certainement le titre le plus accessible de ce disque, mais est-ce pour autant forcément une tare ? Bien évidemment que non. Chain a déjà sa place parmi les classiques de ces chanteurs dont la voix évoque un vécu intense (au hasard Tom Waits ou Kurt Wagner de Lambchop). Un grand moment.

The Mountain Goats & John Vanderslice - Scorpio Rising

Et une chanson pop parfaite, une ! Sur le meilleur EP collaboratif depuis "In the Reins" de Calexico et Iron & Wine. Passé inaperçu cette année parce que paru seulement à 1000 exemplaires vinyles vendus lors d'une tournée commune (ça n'aide pas), ce petit disque est la démonstration que le tout vaut parfois plus que la somme de ses parties. A découvrir d'urgence pour les fans du dernier album du groupe...

Girls - Hellholle Ratrace

Un des groupes les plus hype de l'année, qui a sorti un disque qui bien qu'inégal compte pas mal de très bons moments. Ce morceau-ci en fait indéniablement partie, et pour le coup fait aussi moins "musique de pub pour jeans ou GSM" que Lust for Life. Plus sérieusement, la belle voix de Christopher Owen fait des merveilles sur ce morceau épique, et quand il répète de manière hypnotisante “I don’t want to die without shaking up a leg or two/ Yeah I want to do some dancing, too...”, on a tous simplement envie d'y croire : c'est ça aussi le rock'n roll.

Et bien sûr, tout le meilleur pour 2010.

PS : les morceaux ne sont plus en ligne.

mercredi 16 décembre 2009

Eddie le Hardy

Alors qu'une vague de froid s'abat sur l'Europe, quoi de mieux pour se réchauffer le cœur (et le corps) qu'une déclaration d'amour au soleil ? C'est ce que fit en 1970 la charmante Françoise Hardy (qui à l'époque n'avait strictement rien à envier à l'ex-mannequin-devenue-chanteuse-et-première-dame-de-France), avec le bien-nommé Soleil:



Un titre dont les quatre premiers accords évoquent forcément un autre morceau paru presque 40 ans plus tard : Guaranteed, composée par Eddie Vedder pour la bande-son du mémorable "Into the Wild".



Ce titre a valu à Mr Pearl Jam un Golden Globe, ainsi qu'une nomination aux Grammy et World Soundtrack Awards. Je vous laisse le soin de juger s'il y a eut plagiat, inspiration ou ressemblance fortuite (on peut difficilement être sûr de ce genre de choses). A vous de voir aussi si le soleil couchant d'un soir d'été vous parle plus qu'une quête existentielle en Alaska. Et ne passez pas à côté des plus beaux jours d'hiver : ceux, bien sûr, bercés par la lumière réconfortante d'un rayon de soleil...

jeudi 26 novembre 2009

Les madeleines (2) : Queen et moi

N'y allons pas par quatre chemins : Queen est certainement un des groupes les plus honnis de la blogosphère (avec Dire Straits peut-être). Pour quelle(s) raison(s) ? Je ne suis peut-être pas le mieux placé pour répondre à cette question mais voici en gros les qualificatifs régulièrement affublés au groupe de Freddie et ses acolytes : pompeux/pompier, grandiloquent, lourdingue, putassier, boursouflé, kitsch...On les accuse même d'avoir ouvert la voie à des musiciens encore pire qu'eux : en gros tout le mouvement du "hard mélodique", avec des groupes tels que Def Leppard, Extreme, voire même les Guns 'n Roses. Aujourd'hui encore cela continue, pensez à Mika, Muse ou à cette vaste blague qu'est la comédie musicale sur Mozart.

Malgré ce constat pas très reluisant, je pense que je ne pourrais jamais détester Queen, qui restera toujours pour moi le groupe qui m'a introduit au rock il y a une petite dizaine d'années, vers l'âge de 14 ans. D'aucuns diront qu'il ne s'agit certainement pas de la meilleure porte d'entrée mais rétrospectivement, ce fut un cap important dans ma "quête" de futur mélomane : avant Queen, j'écoutais assidument la radio et a fortiori toute la musique de variété qui y était programmée (il n'y avait pas beaucoup de disques à la maison donc je n'avais pas d'autre choix). A part quelques bribes des Beatles, ce n'est donc qu'à partir de Queen que j'ai commencé à écouter de la musique plus sérieusement.

Et ce groupe avait tout pour m'impressionner : des titres épiques et accessibles, un certain sens de l'ambition, du charisme, de la virtuosité, un côté très versatile (ils ont investi presque chaque genre musical),...Queen m'a littéralement obsédé pendant de nombreuses années et j'ai fini par dégoûter ma famille et mes amis à force de vouloir leur imposer mes idoles. Je passais ainsi une grande partie de mon temps libre à parcourir les forums de discussion sur le groupe, j'ai acheté patiemment leurs disques les uns après les autres, j'ai dû voir leurs clips et leurs lives une bonne centaine de fois...Et j'en étais certain à l'époque : Queen était et serait toujours pour moi le meilleur et le plus grand groupe du monde.

Qu'en est-il aujourd'hui ? Et bien je mesure avant tout le chemin parcouru. Ce qui m'émerveillait avant me laisse plutôt de marbre ou a tendance à m'irriter assez rapidement, comme l'aspect poussif des mélodies, des arrangements et de la production : Queen, c'était avant tout le règne du too much, le groupe qui préférait faire compliqué la où on pouvait faire simple, qui n'hésitait pas à sacrifier l'émotion que certains titres auraient pu procurer en la noyant sous une avalanche d'effets et d'ornements. Finalement, ils représentent parfaitement la déchéance du rock : ils n'ont rien inventé mais ont poussé à l'extrême la musique des Beatles ou de Led Zeppelin en offrant un grand bazar éhonté, qui n'avait de limites que la mégalomanie affichée de leur leader Freddie Mercury (rien que le nom déjà...).

Pourtant le groupe s'en est plutôt bien sorti : quasi unanimement massacré par les critiques mais suivi par un public fidèle. Il faut dire que leur sens de l'humour (non il ne faut pas les prendre au premier degré!), peut-être pas toujours bien perçu de ce côté-ci de la Manche, plaidait en leur faveur. Leurs concerts des premières années, bien que très théatraux, donnaient à voir un groupe soudé et talentueux, avant que le spectacle ne prenne le dessus sur la musique proprement dite. D'ailleurs, la première période de Queen (les albums des années septante donc), demeure pour moi un plaisir coupable auquel il m'arrive de succomber. Et j'irai même jusqu'à considérer leurs années 73-76 comme un âge d'or, qui contient son lot d'albums mémorables, comme mon préféré, "Sheer Heart Attack".

En conclusion, Queen, dans l'histoire du rock, ne fait peut-être pas le poids face aux Beatles, Dylan, Bowie ou autres Neil Young, mais reste à mon sens une excentricité - dans laquelle je me suis perdu un long moment - mais qu'on aurait tort de condamner trop sévèrement. Un groupe parfait pour non-initiés (ne voyez aucune méchanceté là-dedans) et qui offre ce que la plupart des gens attendent de la musique populaire (le constat est le même pour le cinéma) : un moment de distraction, d'entertainement. Ce que Mercury lui-même reconnaissait et assumait pleinement : "My songs are like Bic razors - for fun, for modern consumption. Disposable pop". Ou encore : "I like people to go away from a Queen show feeling fully entertained, having had a good time. I think Queen songs are pure escapism, like going to see a good film - after that, they can go away and say that was great, and go back to their problems. I don't want to change the world with our music". Ce rôle là, ils l'ont bien rempli. Pour ce qui est de la musique sérieuse, il en existe assez par ailleurs...

dimanche 15 novembre 2009

Two Nights at the Circus

Il y a une semaine, j'assistais au concert de Grizzly Bear au Cirque Royal de Bruxelles. Le lendemain, c'était les Kings of Convenience qui venaient nous faire un petit coucou au même endroit. Deux de mes favoris de cette année musicale pour deux soirées marquantes. Récit croisé...

Crédit photo : Kmeron (superbes photos du concert des Grizzly à voir sur Flickr)

Il serait absurde de vouloir mettre en compétition les deux performances, qui n'ont pas grand chose à voir musicalement. D'ailleurs je ne saurai les départager, vu qu'elles m'ont beaucoup plu toutes les deux, et pas forcément pour les mêmes raisons.

Les Grizzly Bear, dimanche, venaient défendre leur très plébiscité Veckatimest, leur album le plus ambitieux à ce jour, dont j'ai déjà parlé par ailleurs. Comment allaient-ils transposer en live les arrangements et les chœurs sophistiqués du disque ? Mes inquiétudes allaient vite être balayées : les gars savent y faire et on a assisté à une prestation à laquelle il y aurait très peu à redire, si ce n'est peut-être l'abus de reverb sur la voix d'Ed Droste (on n'entendait que la fin de ses phrases, ce qui n'était heureusement pas le cas chez Daniel Rossen).

Le lundi, il s'agissait par ailleurs du premier passage des Kings of Convenience par la Belgique, ce pays tellement insignifiant qu'il leur rappelle...la Norvège (dixit l'excellent Erlend Øye) ! Le duo venait lui aussi nous présenter ses nouveaux titres, issus du tant décrié Declaration of Dependance, que je continue de mon côté à défendre mordicus. Le concert se passe de manière très intimiste et en deux parties : les deux chanteurs s'accompagnant à la guitare au début, avant d'être rejoints par un violoniste et un contrebassiste. Et comme sur disque, ces deux versants se complètent parfaitement, et on ne s'ennuie pas une seule seconde.

Ceux qui ont déjà été au Cirque Royal savent que l'endroit est plus proche d'une salle de spectacle type théâtre qu'un lieu de concert proprement dit. On dirait aussi qu'il y règne une ambiance spéciale, de celles qui laissent présager qu'il va se passer quelque chose de particulier (comme j'aurais aimé y voir Arcade Fire ou Sigur Ros il y a quelques années...). Ces deux rendez-vous n'ont pas fait exception et on pouvait sentir une certaine magie dans l'air, même si elle s'est exprimée différemment. Pour résumer, les Grizzly ont tout donné et livré un concert impeccable musicalement. On ne pourrait donc leur reprocher que d'être peu loquaces entre les chansons, mais ce serait presque un crime de lèse-majesté au vu de la qualité de la performance. Cependant, on a eu l'impression d'avoir affaire à un groupe moins "généreux" que ne l'ont été les Norvégiens, toujours prompts de leur côté à détendre l'atmosphère avec quelques blagues ou anecdotes. Ils ont également livré un concert de deux heures (avec deux rappels), là où les Américains nous ont laissé sur notre faim avec un rappel d'une seule chanson et une soirée que l'on aurait aimée plus longue.

Tout ceci pour dire qu'un concert peut s'apprécier de différentes manières. Pour les premiers, la musique se ressent avec les tripes et nous électrise : on est emporté par le fait-même de ressentir en direct ces morceaux si prenants ("Ready Able" est un sommet dans le genre) et on en prend plein la tronche, pour le dire crument. Pour les seconds, on assiste à un tout autre phénomène : une salle de près de 2000 personnes qui assiste à une prestation pas moins intime que si on avait été une vingtaine, un sourire sur toutes les lèvres tant la communion avec les artistes est totale (on a été jusqu'à reprendre la partie de Feist sur "Know How" ou comment l'alchimie de deux artistes peut aussi s'étendre à son public). Et quand une spectatrice est invitée à danser avec Erlend sur "I'd rather dance with you", c'est comme si une partie de nous était également sur scène en train de vivre ce moment jubilatoire.

Tout est affaire de sensibilité mais pour le coup, on a le sentiment d'avoir vécu des moments uniques et qui dépassent l'impression mitigée, que l'on a trop souvent, d'avoir passé "un bon moment". Un concert c'est (ou ça devrait être) bien plus que cela...

En bonus : un autre écho (plus détaillé) du concert de Grizzly Bear par Emmanuel de "Des oreilles dans Babylone".

mercredi 4 novembre 2009

Sufjan : King of the Railroad

Je ne vous raconterai pas toute l'histoire - un peu mégalomane mais on commence à avoir l'habitude avec Sufjan - de sa dernière création : une "ode" au Brooklyn Queens Expressway (une autoroute qui a tout l'air d'une catastrophe architecturale), et...au hula-hop ! S'il y en avait encore pour penser que cet homme se prend au sérieux, leurs certitudes devraient définitivement s'effondrer.

Ce qu'il est important de préciser par contre pour mieux contextualiser cette œuvre, c'est de rappeler qu'il s'agissait à l'origine d'un spectacle, présenté il y a plus de 2 ans, qui mélangeait un film conceptuel sur le BQE (sur un écran en triptyque), la musique de Sufjan et son orchestre, ainsi que des "performances" de hula-hop. Comme il l'a déjà fait par le passé (le Christmas box, les chutes d'Illinoise), Stevens n'a pu s'empêcher de sortir également une version "album" de son travail. Certains lui reprocheront sans doute de nouveau d'en faire trop (est-ce que tout est toujours bon à entendre ? Ne devrait-il pas faire le tri dans ses sorties ?), les autres, qui se délectent de toute nouvelle note sufjanienne, lui en sauront gré.

Alors comment appréhender cette dernière livraison ? On peut l'envisager, comme l'a fait Marc, par la musique seule. Toute la question est de savoir si celle-ci fonctionne sans son pendant visuel : j'aurais tendance à répondre par l'affirmative même si on n'a bien sûr pas affaire ici à la suite tant attendue d'Illinoise. On n'est cependant pas complétement dépaysé vu que les ambitions classiques et les arrangements osés de Sufjan nous étaient déjà connus, bien que cantonnés jusqu'ici à un format pop. Ici il met ses talents au service d'une mini-symphonie qui incorpore des éléments de musique classique, jazz et électronique : il revendique d'ailleurs des influences aussi diverses que George Gershwin, Terry Riley, Charles Ives ou encore Autechre. Sur papier, tout cela semble un peu improbable mais Sufjan s'en sort avec brio, surtout si l'on considère cette musique pour ce qu'elle est en fin de compte : une bande originale qui accompagne le film sur cette maudite autoroute, et qu'il a lui-même réalisé.

Ce n'est donc pas pour rien que Sufjan a inclus avec cette sortie le DVD du BQE, qui (dé)montre bien en quoi ce tronçon, qui relie le quartier du Queens à Brooklyn, est réellement une horreur. On comprend dès lors mieux où il veut en venir et en quoi la musique décrit de manière convaincante ce que peuvent ressentir ses usagers (c'est d'ailleurs assez oppressant par moments). Vu qu'il s'agit d'une œuvre purement formelle, je ne suis pas certain de revenir souvent sur cette réalisation mais il faut bien admettre que le film et la musique forment un tout extrêmement cohérent. Un bémol toutefois : la métaphore du hula-hop (qui renvoie à la roue, aux véhicules qui semblent "tourner en rond",...) n'a pas réellement pu être incorporée dans le film. Si lors des représentations l'interaction avec les "Hooper Heroes" (c'est leur nom) devait constituer un plus, elles n'apparaissent presque jamais dans le DVD, contrairement à ce que l'on pourrait croire en regardant le trailer.

Finalement, l'objectif que l'on soupçonne et qui est de vouloir recréer la performance artistique de 2007 ne peut évidemment pas remplacer l'expérience de l'avoir vécue "en vrai". En effet on aurait bien sûr voulu être là pour entendre en live l'orchestre de 25 musiciens, s'étonner de la performance des "danseuses", admirer les costumes et expérimenter le film sur écran géant. A défaut on se contentera de l'objet proposé par Sufjan à qui on ne peut pas reprocher d'avoir fait les choses à moitié : il suffit de voir le packaging, qui réussit à transmettre assez fidèlement l'expérience du BQE dans toute sa laideur (renforcée encore par des lettrages complétement hideux). Celui-ci inclut également un disque avec des images 3D des Hooper Heroes (à défaut de pouvoir avoir les vraies?) mais que je n'ai pas encore pu expérimenter. A noter aussi qu'un livre est annoncé pour bientôt.

Un extrait offert par Asthmatic Kitty, où vous pouvez aussi commander l'objet et ses dérivés :

Sufjan Stevens - Movement VI : Isorhythmic Night Dance with Interchanges

Et deux titres bonus qui clôturent le DVD (dont un morceau inédit chanté par Sufjan!) chez Erwan.

mercredi 21 octobre 2009

Dominique Au Botanique


Hier soir, Dominique A jouait à l'Orangerie du Botanique. Il y avait du monde, beaucoup de monde, au point de devoir patienter un bon quart d'heure avant de pouvoir rentrer dans la salle...et se rendre compte avec dépit que le Bruxellois d'adoption en était déjà à son quatrième morceau. Déception aussi d'avoir raté "Le Sens", l'impeccable morceau d'introduction de son dernier album avec lequel il a également ouvert son set. Tant de monde aussi que l'on se retrouve à devoir suivre le concert de loin pour ne pas gâcher l'expérience des spectateurs déjà présents, une contrainte qui heureusement ne suffira pas à gâcher notre plaisir de retrouver celui qui depuis 17 ans et 8 albums studio incarne toujours le meilleur représentant d'une chanson française alternative, loin devant la concurrence.

Ce statut, le chanteur l'a défendu pendant 2 heures intenses, où les titres s'enchaînent sans temps mort. La performance est éblouissante, mon seul regret étant de ne pas mieux connaître son répertoire plus ancien (je n'ai découvert Dominique A qu'il y a 5 ans avec "Tout sera comme avant" ). Tant le silence du public lors des passages intimistes que les blagues bon enfant échangées lorsqu'il accorde sa guitare en disent long sur le respect et l'admiration des spectateurs face au musicien qui visiblement ne gâchait pas son plaisir. En configuration rock, Dominique A revisite la quasi (?) intégralité de son album sorti récemment (l'excellent "La Musique") ainsi que des titres plus anciens. Le public en redemande et le chanteur tiendra encore le micro pour deux rappels.

A l'heure où l'industrie musicale se vautre dans des plans mercantiles abjects qui en disent long sur son rapport à la musique, Dominique A est un exemple indispensable d'artiste qui a traversé les années en bâtissant une œuvre singulière et passionnante et qui a même réussi, de manière assez miraculeuse, à rallier à sa cause les amateurs de rock allergiques à la chanson française. Ne le ratez donc pas lors de sa tournée française et si vous en avez l'occasion, demandez-lui de repasser par la Belgique pour un concert dans des conditions plus confortables...

lundi 5 octobre 2009

Kings of Dependance

Vous n'êtes pas sans le savoir, le duo Kings of Convenience nous revient enfin, après 5 ans d'absence, avec un nouvel album judicieusement intitulé "Declaration of Dependance". Au-delà du revival folk avec lequel on nous bassine depuis quelques temps déjà (et qu'ils ont d'ailleurs contribué à amorcer avec leur premier disque "Quiet is the New Loud"), les Norvégiens continuent leur bout de chemin comme si le temps n'avait pas d'emprise sur eux, et à vrai dire on ne leur en demande pas davantage.

Je ne saurais pas mieux le résumer que Kris : la musique de Øye et Bøe est un cocon, une bulle où il fait bon se retirer, loin du bruit ambiant et du temps maussade de ce début d'automne. Intemporelle aussi par son épure qui laisse la place à l'essentiel : des mélodies douces-amères qui semblent souligner l'ambivalence des sentiments que l'on ressent parfois face au monde qui nous entoure et avec lequel on se sent de moins en moins en phase. En cela, le groupe nous apporte un brin de réconfort salutaire.

"I have no cards to play and that's why
I've got nothing to say tonight"


Un autre morceau sur l'excellent blog Au Bout Du Chemin.

Le groupe sera au Cirque Royal le 9 novembre mais l'album est disponible dès aujourd'hui notamment par ici.

mercredi 23 septembre 2009

Le come-back de Laura

Cette pochette, pour le moins énigmatique, sera celle du nouvel album de la charmante Laura Veirs, dont on avait peu de nouvelles depuis la sortie de son dernier opus, qui date déjà de 2007. Son successeur, "July Flame" (un nom inspiré d'une variété de pêche, l'histoire est ici), est quant à lui prévu pour janvier 2010, une période de gestation plutôt longue pour la demoiselle de Seattle qui nous avait habitué au début de sa carrière à un rythme de sortie bien plus soutenu, vu qu'elle nous gratifiait presque d'une nouvelle livraison chaque année.
Deux extraits sont néanmoins déjà disponibles si vous vous inscrivez sur la boutique de son label. Vu que c'est un peu fastidieux, je vous facilite les choses en vous proposant l'un des deux titres, qui constitue également la plage titulaire de cet album:

Morceau retiré

Une mise-en-bouche plutôt appétissante donc (déjà rien que le plaisir de réentendre cette voix et ces arrangements si caractéristiques) et qui nous donne envie de répondre à son refrain : "Yes, you can call me mine!".
Et pour ceux qui n'auraient jamais entendu parler de Laura Veirs avant, un de ses plus beaux morceaux, tiré de "Year of Meteors":

Morceau retiré

Rendez-vous est donc pris en janvier prochain, avec on l'espère une tournée dans nos contrées...En attendant je ne saurais trop vous conseiller de vous (re)plonger dans l'indispensable "Carbon Glacier", qui reste à ce jour son disque le plus personnel, abouti et réussi.

PS : morceaux retirés sur demande du DMCA (alors que les liens étaient déjà expirés !)

mercredi 9 septembre 2009

Les madeleines (1) : les Classiques et Roger Hodgson

Premier épisode d'une série "flash-back" sur ces musiques, pas forcément recommandables, qui ont fait notre jeunesse et qui si aujourd'hui rencontrent très rarement notre platine, peuvent cependant difficilement être totalement reniées.

Dimanche matin, un peu malade et à la recherche d'un soupçon de réconfort dans un bain bien chaud, je mets la radio de la salle-de-bains sur Classic 21, où Marc Ysaye tient son émission hebdomadaire ("Les Classiques"), qui s'efforce chaque semaine depuis une vingtaine d'années de présenter, pour le meilleur (parfois) ou pour le pire (souvent) toutes les musiques qui peuvent selon lui tomber sous la bannière "Classic Rock", une notion assez bizarre qui regroupe aussi bien Genesis que les Sex Pistols, ou encore les Beatles que Toto. Ça part donc dans tous les sens et il faut constater qu'on on y retrouve grosso modo tous les artistes qui ont fait leurs preuves au sens économique du terme : les rockeurs qui ont eu du succès y sont "adoubés", ceci indépendamment de la qualité de leur musique, les autres n'ayant pour ainsi dire pas droit de cité (a-t-on déjà entendu le Velvet ou Joy Division dans les Classiques?) Cette émission, bien que fondée sur des bases un peu vaseuses, me fascine toujours tant cette conception de "rock institutionnalisé" tient peu la route...

Mais ce matin-là, l'animateur eut la bonne idée de rediffuser une session de Roger Hodgson, (ancien chanteur et principal compositeur de Supertramp) qui était venu en 2000 faire la promo de son dernier album, "Open the Door". Je me rappelle avoir enregistré ces morceaux sur K7. On peut y entendre le chanteur, seul au piano ou à la guitare, interpréter quelques-uns de ses plus grands tubes : redécouvrir les chansons comme ça, 9 ans après, et se rendre compte qu'on en connait encore tous les détails, c'est un sentiment assez spécial. Il faut dire qu'à l'époque avec quelques copains on considérait les membres de Supertramp comme des musiciens vachement doués vu tous les instruments qu'ils maitrisaient et qu'on ne retrouvait pas vraiment chez les autres groupes qui avaient nos faveurs (il aurait pourtant suffi d'écouter les Beatles...), comme si l'harmonica ou le saxophone saupoudrés ci et là constituaient une performance technique majeure. Mais comme Queen (j'y reviendrai sans aucune doute), ils étaient également capables de composer de longs morceaux, un autre critère qui les distinguait selon nous des groupes lambda. Ce n'était donc pas les claviers horripilants ou les paroles naïves qui allaient nous arrêter.

Roger Hodgson et son groupe, pourtant bien plus proche d'un Elton John qui aurait fait partie des Bee Gees que d'un John Lennon, ne me laissera pourtant jamais indifférent, ce qui n'est pas le cas de bien des groupes encensés du moment.

Deux extraits de cette session (une vidéo est également visible sur le site de la radio):

Roger Hodgson - Take The Long Way Home (plus disponible)

Dont un morceau paru sur son dernier album:

Roger Hodgson - The More I Look (plus disponible)

Ces 26 et 27 septembre, Roger Hodgson sera au Cirque Royal de Bruxelles pour des concerts qu'il devrait assurer seul, comme il y a 9 ans pour cette session. Les places coutent de 40 à 70€. Un peu cher. Dommage finalement...

mardi 25 août 2009

Dolorean Vs Delorean

Que se passe-t-il lorsqu'un groupe méconnu (Dolorean) se voit, à peu de choses près, voler/emprunter (biffer la mention inutile) son nom par un groupe nettement plus hype (Delorean) ? Alors que le premier ne récolte que 10 000 visites sur son MySpace, on peut en compter plus de 500 000 chez le second.
Il faut bien admettre que les deux groupes ne jouent pas vraiment dans la même cour. Si les Américains ont œuvré comme backing band de Damien Jurado et jouent une folk-pop teintée d'americana, les Barcelonais produisent quant à eux une électro-pop bien en vogue (ils sont en outre signés sur le label Fool House, créé par les responsables du blog Fluo Kids).
On imagine bien sûr les conséquences face aux amalgames possibles au vu de cette quasi-homonymie et il y a fort à parier que la loi du plus fort pousse Dolorean à changer de nom. Il ne faut cependant jurer de rien et peut-être que Delorean disparaitra aussi vite qu'il est apparu : qui veut prendre les paris ?
J'en profite en tout cas pour revenir sur le dernier album du groupe de Portland, le sublime "You Can't Win", que vous pouvez écouter en streaming et en intégralité ici (je vous renvoie également à la chronique d
e Thanu, qui m'a fait découvrir ce disque, à mon goût un des plus beaux de 2007).

Voici également l
'avis, éclairant, du papa d'un des membres du groupe sur l'album en question:
Thank you for the CD which came last week. I listened to it in the car for the last 2 days. I noticed that you are experimenting with sound effects to compliment your music. I think the experiment was successful on the whole. (...) In my opinion the first song was out of sync with the rest of the disc. Perhaps it was intended that way. You might be aiming at a specific market of high tech fans for all I know. As for the remainder of the CD, I was thrilled. (...) I thought of Pink Floyd again and the Beach Boys on some of the harmonies but the material is still unique enough and original enough to stamp it as Delorean. In my opinion it is better than Pink Floyd because its more melodic. The sound effects were helpful on the later songs. They were not distracting but complimentary. The heart and soul of Delorean are the chord changes from tension to resolution; from dark to light; and the singers voice and lyrics create a mood of acceptance without despair or should I say disappointment without resignation. Dad
Meilleur que Pink Floyd donc et lui-même semble préférer le nom des Espagnols et de la célèbre voiture plutôt que le nom original du groupe.
Terminons-en quant à nous avec un extrait du disque, le sublime "We Winter Wrens" ou le genre de morceau que pourrait écrire Coldplay s'ils pouvaient faire preuve d'un peu de plus de pudeur et de retenue...

Dolorean - We Winter Wrens (plus disponible)

Acheter le disque sur le site du groupe

mercredi 12 août 2009

Clap your hands Gorillaz !

De retour de vacances, je me suis dit qu'il serait temps de penser un peu à ce blog qui a pris un rythme de croisière bien lent si on le compare à d'autres du genre. Soit, je n'ai pas d'excuses à donner, si ce n'est que je préfère écrire de manière spontanée, c'est-à-dire que je n'ai pas très envie de me creuser la tête afin de trouver absolument un sujet de peur que le blog ne soit pas alimenté assez régulièrement. Rien ne vaut donc une idée venue par hasard et qui finit par s'imposer d'elle-même.
Ainsi, une chanson a atterri hier sur mon lecteur mp3 lors d'une lecture aléatoire et m'en a curieusement rappelé une autre. Quel rapport entre les deux ? C'est ce que je vais tâcher d'expliquer dans ce billet, qui sera peut-être l'occasion pour vous de découvrir deux excellents morceaux, ce qui vous en conviendrez ne gâche rien.

Gorillaz - Hong-Kong (plus disponible)

Évidemment, ce morceau est à mille lieues de ce que le (faux) groupe hip hop nous a habitués. C'est du pur Damon Albarn, tendance "world music", avec cette classe naturelle que beaucoup doivent lui envier. Le titre était déjà sorti sur la compile caritative "Help : A Day in a Life" mais s'est également retrouvé sur un disque de face b de Gorillaz, intitulé "D-Sides". Accompagné notamment d'un gunzhneg, un instrument à cordes chinois aux sonorités envoûtantes, Damon Albarn nous emmène pour une magnifique complainte, portée par sa voix fragile et lumineuse. On pense bien sûr à "Out of Time" de Blur, en plus atmosphérique et planant. Un morceau comme on en entend peu, à voir aussi en live, dans une version superbe en tous points.

Clap Your Hands Say Yeah - Goodbye to Mother and the Cove (plus disponible)

Extrait du deuxième album de CYHSY, le un peu foutrarque "Some Loud Thunder", ce morceau est à mon goût le plus remarquable de ce disque qui en a dérouté plus d'un. Il débute par un arpège électronique et métronomique qui semble effectuer la jonction entre les accords de "Hong-Kong" et sa rythmique, constituée justement d'un simple métronome. Quelques notes de guitare électrique se font également entendre, comme des lointains échos du fameux guzhneg. Enfin, un sentiment mélancolique se dégage du chant d'Alec Ounsworth, un point commun avec "Hong-Kong", bien que sa voix n'ait pas grand chose en commun avec celle d'Albarn. Le final est néanmoins plus enlevé, avec une batterie qui se fait martiale, un chant de plus en plus menaçant et une intensité qui va crescendo, a contrario du long final instrumental du premier morceau.

En bref il se peut très bien que je sois le seul à rapprocher ces deux morceaux et que les considérations ci-dessus aient très peu de fondements réels mais je dois dire que je trouve cet exercice amusant, d'autant qu'il est plus difficile de déceler des similitudes dans ce genre de cas complétement aléatoire, plutôt que dans des morceaux où un plagiat ou une source d'inspiration ont été avérés. Si vous en avez d'autres dans le même style, n'hésitez pas à m'en faire part...

mardi 14 juillet 2009

Festival Les Ardentes : une chronique

Avec l'été se profile la saison des festivals. Premier arrêt: la quatrième édition des "Ardentes" à Liège, dont je vous livre mes impressions (que j'ai voulu courtes mais qui au final s'avèrent plus longues que prévues).

Jeudi 09/07

J'arrive tardivement sur le site (vers 23h30), juste le temps de voir la seconde moitié du set de Mogwai. Toutes guitares dehors comme à leur habitude, un son énorme qui prend forcément aux tripes mais qui ne s'encombre pas de subtilités: c'est du lourd mais le public semble apprécier. Sans dire que le groupe a démérité, on se retrouve malgré nous à apprécier le silence après un tel déluge sonore.
10 minutes après (le temps de rejoindre la grande scène), et c'est Emiliana Torrini qui clôture la soirée sur la scène principale. Pour ceux qui comme moi l'ont vue sur scène auparavant (comme lors du formidable concert à l'Ancienne Belgique en février dernier), la déception est grande, avec une performance en demi-teinte et qui peine réellement à démarrer. Pas vraiment de la faute de l'Italo-Islandaise, mais plutôt une question d'environnement inadéquat : il est en effet très difficile de remplir l'espace sonore avec des chansons intimistes, principalement acoustiques, comme celles de son impeccable deuxième album, le très folk "Fisherman's Woman". Le public, dont visiblement une grande partie n'est là que pour entendre son hit "Jungle Drum" n'aidera pas non plus. Heureusement la seconde moitié du set fonctionnera mieux grâce à des morceaux plus orchestrés, qui passent plus facilement malgré la pluie qui s'abat sur la plaine liégeoise. On en ressort malgré tout mitigé, en se disant qu'elle vaut mieux que ça (et que sa robe plastique).
Après cela, on repasse encore, juste par curiosité, pour voir ce que le vétéran Grandmaster Flash a à nous proposer sur la scène intérieure : si on ne peut pas juger d'une performance en 5 minutes, je dois dire que j'ai préféré profiter de mon lit plutôt que d'entendre un mix enchainant "Song 2" de Blur à "Smells like Teen Spirit" de Nirvana, digne pour moi d'une boum d'anniversaire d'un jeunot de 16 ans...

Vendredi 10/07

Premier concert du jour : les !!!. Alors qu'ils étaient pour moi la grande claque du festival il y a deux ans, les "tchik tchik tchik" ont proposé un spectacle moins déjanté (la faute au départ d'un membre du groupe ?) mais qui avait le mérite de bien faire bouger le public, surtout dans les premiers rangs. Nic Offer, comme à son habitude, n'a pas lésiné sur les déhanchements et l'on a assisté à un bon concert même si on est un peu déçu de ne pas retrouver le grain de folie qui nous avait tant allumé la dernière fois.
On s'en va plus tard dans les halles pour assister à quelques prestations électro, si je ne me trompe pas, de South Central, The Subs et du très attendu Paul Kalbrenner. L'électro, ce n'est pas vraiment mon domaine mais des trois, c'est surtout le dernier qui me semble-t-il a réussi à faire danser la foule.
Retour à l'extérieur pour assister au concert de Q-Tip (ancien A Tribe called Quest pour les connaisseurs), qui, backé par un vrai band, a proposé un hip hop bouillonnant et qui se révèlera être la bonne surprise de la journée.
Après, c'était au tour de Gossip de clôturer cette journée sur la grande scène. OK Beth Ditto se donne à fond (pas de doutes là-dessus), OK elle chante avec ses tripes (ce qui peut irriter un peu à la longue) mais les morceaux se suivent et se ressemblent, jusqu'au final, qui comprend les deux hits du groupe : "Standing in the way of Control" et le dernier single, "Heavy Cross", qui mettent réellement le feu. De deux choses l'une: soit ces morceaux sont les seuls qui sortent réellement du lot, soit ce concert fut la démonstration qu'un matraquage radio peut porter ses fruits en donnant l'illusion que ces titres sont formidables alors qu'ils sont au fond aussi interchangeables que les précédents. Si quelqu'un connaît leurs albums et peut m'éclairer, il est le bienvenu...

Samedi 11/07

DAY OFF :-)

Dimanche 12/07

Cette fois-ci on se lève tôt (et on aurait tort de traîner, l'affiche du dimanche aux Ardentes étant généralement la plus intéressante) et on arrive presqu'à l'heure pour le revenant Rodriguez (dont je vous ai parlé précédemment), qui semblait plutôt en forme (et qui, comme dirait l'autre, "n'avait apparemment pas bu que de l'eau"). Le groupe qui l'entoure semble plutôt jeune (dans les 35-40 ans) mais parvient à produire ce son vintage et psyché qui sied si bien au chanteur, tout en rajoutant un peu de peps. Le vieux briscard, heureux d'être là et habillé tout de noir, interprète les plus beaux titres de son répertoire (dont une longue version du fameux "Sugar Man"), en les ponctuant de blagues pas toujours très compréhensibles. Après un rappel où il nous interprète "I'm going to live" (until I die) en acoustique, on se dit qu'on y compte bien et on espère également qu'il repassera bientôt dans le coin pour un concert complet.
S'en suit un peu plus tard un autre vétéran, l'Ethiopien Mulatu Astatke, accompagné par le collectif The Heliocentrics. Pas vraiment une surprise pour moi, vu que je les ai vus il y a quelques mois à Gand pour un concert qui devait au moins faire 3h (et qui valait franchement la peine), j'ai de nouveau été ébloui par le son généreux et prenant déployé par le groupe, comme semblait également l'être le public.
Je n'oserais pas après vous narrer la prestation de la navrante Gabriella Cilmi, qui s'est époumonée tant bien que mal sur la scène extérieure, et qui hormis un tube est contrainte de meubler son set par des reprises (dont une passable de Justin Timberlake et une affreuse de "Me and Bobby McGee", le classique popularisé par Janis Joplin).
Le temps de boire un verre et c'est le trio Peter, Bjorn & John qui débarque sur la même scène. Ils livrent une belle prestation et le chanteur (je ne saurais pas dire qui est qui) a de l'énergie à revendre. Quant à la musique proprement dite, on est face à de la pop souvent down-tempo, ce qui peut expliquer en partie la relative apathie de l'audience. Un autre élément d'explication vient certainement de la méconnaissance du répertoire du groupe, qui hormis "Young Folks", ne possède pas beaucoup de tubes proprements dits. Dommage ceci dit, à l'écoute d'un titre tel qu'"Amsterdam" et d'autres encore qui m'ont semblé pas mal du tout et qu'il faudrait que j'approfondisse un jour.
Vu le retard pris dans la salle, j'arrive juste à temps pour profiter de la performance d'Alela Diane, qui enchante décidément toujours autant, malgré ses cheveux courts, son toujours très démonstratif bassiste et la petite touche d'humour qui semble malheureusement avoir disparu de ses spectacles. Mais il faudrait être de mauvaise foi pour critiquer une telle voix, qui en plus d'imposer naturellement le silence sur les titres les plus dénudés, nous emporte loin et dont on se demande si elle pourra lasser un jour. Rideau après 40 minutes et on se dit qu'on serait vraiment resté sur notre faim si on ne l'avait pas déjà vue quelque fois auparavant.
Dehors ce sont les Cold War Kids qui ont pris le relais pour un set solide. On regarde malheureusement un peu de loin, ce qui n'est pas rendre service à cette musique plus exigeante que la moyenne mais qui impressionne certainement.
Et on l'avoue, le dernier concert auquel on assistera sera celui de Julien Doré (aïe!). Si je dois dire que je n'ai jamais été fan du garçon, il faut reconnaitre qu'il sait se défendre sur scène et que face à un public conquis (ce qui devait certainement être le cas), on assiste à un spectacle pas déplaisant. Là où le bât blesse à mon avis, c'est au niveau du répertoire : les titres laissent indifférents (hormis "Les Limites" qui reste en tête, bien qu'on préfèrerait l'oublier). Par contre le groupe qui l'accompagne sait jouer et ça s'entend par exemple lors du duo rythmé avec Coeur de Pirate (celle de "Comme des enfants", un autre titre qu'on aimerait oublier mais là je m'éloigne...) bien que ça semble un peu facile, le morceau se résumant à une répétition d'une même phrase sur quelques accords. Il a aussi le culot de finir sur un instrumental bien senti, qui nous laisse penser que le chanteur a bien plusieurs cordes à son arc mais qu'à force de faire le grand écart entre les genres, on a bien du mal à se positionner par-rapport à cette musique qui part dans tous les sens, avec comme centre de gravité le personnage de Julien Doré, un schizophrène qui ne sait pas toujours bien où il met les pieds...et finalement nous non plus.

En résumé, un bon festival, sans claque ni découverte majeure mais avec pas mal de bons moments.

D'autres échos et des illustrations par là :

- La chronique d' Esprits Critiques, détaillée par jour (1, 2, 3 et 4)
- L'avis de K-Web
- Les photos de Little reviews

samedi 27 juin 2009

French Bowie


Bien que David Bowie n'aie plus vraiment d'actualité depuis quelques années (son dernier album, "Reality", date déjà de 2003), rien ne nous empêche de l'aborder sur ce blog sous un angle un peu particulier, en l'occurrence son rapport à la chanson française, sans prétention d'exhaustivité.

Comme ça se faisait encore à l'époque, Bowie a repris quelques-uns de ses classiques en langue étrangère. Il existe par exemple une version italienne de "Space Oddity", intitulée "Ragazzo Solo, Ragazza Sola", transformant ainsi l'épopée du Major Tom en une histoire d'amour). Et comme vous l'avez vu en illustration de ce billet, le titre "Heroes" n'a pas seulement eu les honneurs d'une version allemande, (ce qui fut également le cas pour le titre "Love you 'till tuesday") mais également d'une variante française, plus méconnue, que je vous livre ici:

David Bowie - Héros (plus disponible)

Inversons maintenant le processus, avec une relecture d'une chanson française par Bowie himself. Ce ne sera pas une découverte pour la plupart d’entre vous : en 1973, le chanteur reprenait « Amsterdam » de Jacques Brel en face B de son single « Sorrow » (à voir : le clip où figure cette chère Amanda Lear). Le morceau original (dont il n'existe pas de version studio apparemment) bénéficiait d’une instrumentation plutôt luxuriante et qui allait crescendo, de l'introduction à l'accordéon au final orchestral. Scott Walker l'avait reprise également sur son premier album dans une adaptation assez fidèle à celle de Brel.

Bowie choisit quant à lui de se tenir davantage à la moëlle du morceau, qui en devient une ballade folk où il se fait accompagner à la guitare par son compère Mick Ronson. S'il est bien évidemment risqué de se mesurer au grand Jacques, on peut dire que l'entreprise est plutôt une réussite. Le chant de Bowie est convaincant et on se retrouve face à un morceau que l'on croyait connaître par cœur, mais qui réussit encore à nous surprendre.

David Bowie - Amsterdam (plus disponible)

Et finalement, quel artiste français peut se targuer d’avoir repris une chanson de David Bowie ? Pas beaucoup me semble-t-il mais quelques recherches m’ont permis d’en retrouver deux, plutôt oubliées. Il y a d'une part Alain Kan avec « La vie en Mars » (sic), que je vous laisse découvrir sur le blog du Grand Panda, et qui je pense se passe de commentaire. (si ce n'est que sa bio me semble plus intéressante que la reprise en question).
Plus réussie, cette version de Gérard Palaprat de "Space Oddity", intitulée « Un homme a disparu dans le ciel ». Bien sûr le morceau n'échappe pas au kitsch (les paroles supportent mal la traduction et le chant, surtout dans la première partie, irrite un peu) mais je lui tire mon chapeau pour le travail effectué, comme le décompte introductif en russe ou encore le solo de guitare final épique, chose somme toute assez rare dans la variété française. En résumé, un petit bijou méconnu qui mérite certainement d'être découvert et réhabilité, au premier comme au second degré.


PS: Je m'en voudrais, bien que ce soit un peu hors-sujet, de ne pas évoquer le meilleur medley de Bowie, qui ne contient pourtant aucune de ses chansons originales : j'ai nommé le fameux "Bowie's in Space" des Flights of the Conchords, à voir en images ici.

PS2: en prolongement de ce post, le blog It's Only Rock'n Roll...But I Like It évoque les premiers contacts de Bowie avec les Français, avec en prime une interview assez maladroite du Thin White Duke par...Michel Drucker! A lire ici.